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CONFÉRENCES

"Une ville n'est pas un arbre"
expérience de dessin urbain

8 décembre 2009 à 19 heures

Affiche-CINO-ZUCCHI.jpg
Vers une poétique de l’habiter


Cino Zucchi est de cette nouvelle génération d’architectes italiens qui, las du poids de l’histoire, de l’autorité des historiens orthodoxes et autres théoriciens hypocondriaques de la rigueur – en quoi l’Italie fut particulièrement bien servie – s’exerce librement aux compositions architecturales qu’autorise notre époque décomplexée.

Mais ces compositions qui pourraient apparaître au premier regard comme le cédant un peu trop à l’air du temps, mérite que l’on s’y attarde tant elles vont bien au-delà du simple effet de mode.

Si les lignes générales restent le plus souvent rationnelles sur le plan constructif – nous sommes loin des inquiétudes déconstructivistes –, il semble que chaque percement, chaque loggia en retrait, doive s’affranchir de l’ordre par trop systématique d’un alignement a priori, que celui-ci soit vertical ou horizontal. Il y a là une préoccupation qui n’est pas seulement formelle mais poétique, une préoccupation autrement dit liée aux temps et aux usages des vies humaines, à une poétique de l’habiter.

Loin en effet de dissimuler ou de travestir ces simples ouvertures qui sont nécessaires à la vie, cette architecture les magnifie, avec une liberté revendiquée qui ne sombre jamais cependant dans les fantaisies formelles et les vanités de la haute couture si courantes à notre époque. Dans cette architecture, les murs nous parlent des vies humaines, de la même façon qu’une porte, quelques marches, une fenêtre étroite percée dans un haut mur, un simple balcon surplombant la rue d’un ancien village nous parlent des hommes qui vécurent derrière ces murs, leur donnant ainsi une épaisseur qu’aucune masse de béton jamais ne saura reproduire.

Et c’est par le travail des proportions et de la composition que Cino Zucchi parvient à ce tour de force qui consiste à donner à chacun des percements d’une tour de douze étages, un caractère, une individualité particulière. Par ces ouvertures qui semblent toutes avoir une situation (par leur rapport aux autres comme par leur rapport au tout) et un caractère singulier, par la diversité également des rapports que ces ouvertures suggèrent entre l’intérieur et l’extérieur de l’ouvrage, chacun de ses bâtiment vit, d’une vie singulière, et entre en dialogue avec le monde. Tout se passe comme si, au travers des situations urbaines contemporaines, l’architecte était en quête d’une nouvelle urbanité, multiple et vivante, et voulait restaurer cette subtile relation de l’ordre et du désordre qui est l’essence même de toute création, et au cœur de la vie même, individuelle et collective.

Mais c’est à Venise, ville d’une si dense urbanité, ville de reflets où tout est si proche et inaccessible à la fois, ville où les regards se dissimulent derrières le masque de murs aux apparences presque décorative, et si profondément étrangère à l’architecture de Palladio, que Cino Zucchi manifeste la pleine puissance poétique de son architecture.



Stéphane Gruet, le 8 décembre 2009
Architecte, philosophe, fondateur des édition Poïésis

Cliquez ici pour visiter le site de Cino Zucchi (en italien et en anglais)


Un peu de nous

10 novembre 2009 à 19 heures

Le temps de l’architecture
qui n'a que faire du temps.

Alberto Noguerol et Pilar Diez œuvrent depuis trente ans avec une remarquable constance et une haute exigence artistique. Ils incarnent à mon sens ce qu’il y a de meilleur dans l’architecture espagnole de ces dernières décennies : cette grande tradition moderne née avec l’avènement de la démocratie.

De leurs premières œuvres à Sant Just d’Esvern près de Barcelone aux dernières réalisations en Galice à Santiago, en passant par Séville et les îles Baléares, s’exprime une même et constante inspiration pleine de retenue, de finesse et d’élégante abstraction, où la rigueur soutient une liberté aérienne de composition. S’y manifeste en effet une rare virtuosité dans le maniement des géométries au service d’une sensibilité quasi musicale, tout en lignes et en contrepoint, comme si l’architecture n’avait rien à voir au fond avec les formes elles-mêmes mais se résumait à cette inlassable quête d’une liberté supérieure, celle qui s’efforce d’atteindre à la simplicité.

Indifférents aux sirènes de la globalisation médiatique, aux figures et aux géométries imposées par les modes internationales, c’est toujours avec le même engagement et la même sincérité profonde qu’Alberto Noguerol et Pilar Diez répondent aujourd’hui comme hier aux programmes des plus prestigieux aux plus modestes et domestiques.
La démonstration est ainsi faite que l’on peut être constamment soi-même quand tout change autour de nous, et poursuivre trente ans durant une même vérité artistique qui, parce qu’elle n’a que faire du temps, le traverse sans en subir les dommages, moderne aujourd’hui comme hier, moderne toujours. Car le temps est comme le beau, il suffit de le viser pour le manquer toujours.

En témoignent les habitations de Sant Just d’Esvern près de Barcelone dans les années 80 et 81, le centre culturel de Canovelles en 83 ou encore l’hôtel de ville et la bibliothèque de Camas (Séville) en 84, œuvres si libres et si rigoureuses à la fois, qui n’ont pas pris une ride. Ces architectures atteignent ici à cette qualité propre aux arts qui traversent le temps et resteront à l’avenir comme autant de repères de cette grande tradition moderne de l’architecture espagnole, avant qu’elle ne se perde dans la globalisation indifférenciée qui gagne la planète entière.
Et c’est au sein de ce monde d’images inconsistantes, où l’on communique d’autant plus que l’on a moins à dire, où la matière de l’architecture se subtilise en flux médiatiques circulant toujours plus vite ne laissant plus au temps le temps qu’il faut pour l’art, c’est aujourd’hui comme hier que des femmes et des hommes prennent le temps de donner un peu d’eux-mêmes à la terre, pour que le monde s’en souvienne. 

 Stéphane Gruet, le 10 novembre 2009


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