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14 décembre 2004
William J. R. Curtis, historien de l'architecture
Architectures du monde

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19 octobre 2004
Juan Navarro Baldeweg

Juan Navarro Baldeweg est né à Santander en 1939. Il a étudié à l'Escuela de Bellas Artes de San Fernando, puis à l'EscuelaTecnica de Arquitectura à Madrid, où il enseigne depuis 1977. Il a également enseigné dans les universités américaines de Boston, Philadelphie, Yale, Princeton et Harvard. Juan Navarro Baldeweg a reçu de nombreux prix et distinctions internationales. Son travail d'architecte et son uvre de peintre et de sculpteur ont fait l'objet de nombreuses expositions et publications en Espagne et à l'étranger.
 
La lumière, la pesanteur et le temps
Juan Navarro Baldeweg fut peintre tout d'abord. Et c'est avec le même étonnement premier, du peintre comme du philosophe antique, devant le phénomène du monde, qu'il aborde les choses de l'architecture et de la ville, de ces phénomènes profondément physiques sur lesquels il est appelé à intervenir. L'architecte médite ainsi sur cette présence à la fois matérielle et immatérielle, massive mais d'un autre poids que celui des seules pierres, présence actuelle qui est en même temps celle d'un e histoire, celle de moments intégrés et pour ainsi dire con-solidés dans cette mémoire faite de formes et de matières indistinctement mêlées. Et c'est avec le même désir, celui du peintre et du philosophe, désir de com-prendre, désir de se saisir de cette matière et du souffle d'un monde, de s'inscrire dans le temps long de la terre, et de fixer tout cela ensemble sous la lumière par un acte de l'esprit - un acte qui est son signe propre, qui a son autonomie -, c'est avec ce même désir animé par une vision intérieure que l'architecte construit un monde dans le monde.
Son architecture est donc une expérience du monde, méditation sur la lumière, la pesanteur et le temps en tant qu'ils sont indissolublement mêlés dans l'architecture même. Mais il y a quelque chose de palladien dans cette architecture tant l'acte de composition lui-même y est à la fois puissamment matériel et cosmique, arc-bouté sur la terre, et par on ne sait quelle magie de la proportion, communiquant avec l'impondérable et comme mêlé à l'immatérielle énergie de la lumière.
C'est ainsi avec des actes simples, radicaux, sans manière aucune, que l'architecte provoque, invoque, et déclenche le phénomène sensoriel, ce phénomène d'acoustique spatial, ce quelque chose d'impalpable, de tellurique et d'aérien à la fois, non pas tant l'espace indicible mais cette indicible suspension de la terre, qui abrite l'homme en elle, sans l'y enfermer.
Juan Navarro Baldeweg prolonge en effet cette méditation entreprise par Goethe devant l'arc et la voûte qui s'élève en prenant appui sur elle-même et, s'aidant de sa propre pesanteur, s'élève dans le vide pour rester suspendu dans les siècles. Mais c'est le dôme surtout qui dans sa peinture comme dans son architecture devient un motif essentiel, comme s'il résumait l'essence de l'architecture, cette manière de refaire un monde dans le monde, par un nouveau ciel suspendu au-dessus de nos têtes, un ciel matériel et immatériel à la fois, puissante structure de béton armé suspendue comme en apesanteur avec cette métaphore antique de l'astre nocturne, qui par l'oculus pénètre l'espace habité d'ombre. Mais là où le Panthéon, formé d'une demi-sphère inscrite dans un cube, était clos de toute part, représentant ce monde clos, achevé pour l'éternité, des cycles des penseurs antiques, les modernes coupoles de Murcia, de Madrid ou de Salamanque, celles de l'architecte et celles du peintre sont suspendues et détachées structurellement des murs périphériques. Ces voûtes suspendues renvoient ainsi plus sensiblement à la vraie voûte céleste qui couvre la terre sans jamais la rencontrer, sans nous enfermer jamais dans ces mondes retranchés du monde que furent trop longtemps les églises et les temples des cultes chrétiens d'occident.
Les airs d'odalisque des baigneuses rassemblées sous une coupole percée de lumières, tandis que les parois de l'espace s'ouvrent largement sur le monde nous renvoient à cette vision orientale d'un paradis terrestre que Matisse célébrait avec ces mots fameux : " luxe, calme et volupté ". C'est alors en ce monde dans le monde, dont l'architecture forme le ciel particulier, c'est en ce centre unique et multiple à la fois, qui re-présente chaque fois ce ciel un que nous partageons tous autour d'une même terre, que se rassemblent des hommes qui en cet espace symbolique représentent l'assemblée des hommes.
 
Stéphane Gruet, le 19 octobre 2004

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11 mai 2004
Frédéric Jung

Frédéric Jung est architecte diplômé de l'École Nationale Supérieure des Arts et Industries de Strasbourg (ENSAIS) en 1981 et de l'École d'Architecture d'UCLA en Californie. Après avoir travaillé dans des agences en Californie, à Strasbourg et à Paris, ainsi qu'au Ministère de l'Équipement du Niger, il a créé son premier atelier d'architecture à Paris en 1987. De 1997 à 2000, il a été Maître assistant associé à École d'Architecture de Strasbourg.
Il a notamment réalisé, durant sa période de collaboration avec Gilbert Long, les bâtiments du Parc Archéologique européen des Thermes gallo-romains de Bliesbruck-Reinhem (1993) et la salle de concert " La chaufferie " à Paris, ensuite l'Espace des Calandres à Eragny sur Oise (1994), le Musée Oberlin de Waldersbach (1997), le siège social BETC-EuroRSCG à Paris (2000), ainsi que plusieurs projets de logements en région parisienne. Il travaille actuellement à la réalisation du Musée International de la Parfumerie de Grasses (concours 2002) et du Bioscope de Ungersheim (concours 2002).

A l'écoute de ce que les choses sont L'oeuvre de Frédéric Jung, modeste encore, d'une quinzaine d'années à peine, témoigne déjà d'une surprenante maturité et montre un souci constant d'adaptation et un sens de la mesure peu propice aux grandes démonstrations architecturales.

Le parc archéologique Européen de Bliesbruck-Reinheim, un des premiers projets réalisés avec le concours de Gilbert Long en 1992/93 est sans doute une des uvres les plus expressives de l'architecte. Or c'est là précisément où tant de ces élans expressionnistes sombrent dans les vanités formelles, que l'on peut prendre la mesure de cette élégance d'esprit et de cette rigueur qui font les vraies réussites architecturales.
C'est une démarche à la fois intelligente et sensible qui détermine cette beauté structurelle, ce calme survol, plein d'élégance et de mesure, par lequel les architectes sont venus recouvrir cette histoire silencieuse, cette mémoire des pierres qui dormaient dans la terre depuis des siècles, un passé mit à jour et qu'il fallait abriter des vicissitudes du climat contemporain. Car comment couvrir un champ de ruines qui furent des thermes romains sans en rompre la continuité minérale ni l'échelle monumentale qu'indiquent encore les quelques murs émergeant du sol ? Comment réaliser un tour de force qui ne soit pas forcé, avec ce naturel et cette élégance qui confinent à la grâce, sinon par le sage pragmatisme des vrais constructeurs, celui qui conduit aux sereines hardiesses qui déterminent toute l'histoire de l'architecture?

De même, quelle digne simplicité dans le réaménagement de l'espace des Calandres, où chaque élément vient s'ajuster selon une nécessité qui devient évidente - chacun sait pourtant combien cette évidence est difficile à atteindre aujourd'hui où tout devient possible. Quelle élégance manifestée avec si peu de moyens : portes et cloisons de bois, structures métalliques et plaques de plâtre régulièrement percées. Pragmatisme encore loin de toute violence que cet accord réalisé d'une multiplicité de constructions, certaines existantes, d'autres nouvellement construites, formant ensemble le Musée Oberlin à Waldersbach. La diversité est ici pleinement assumée et même confirmée par une construction nouvelle sans que nulle réduction ou simulation ne vienne affirmer une unité idéale. C'est ici l'accord du divers qui fait l'unité de l'uvre, ce que les anciens nommaient proprement l'harmonie.

Voilà finalement une démarche assez rare pour être saluée. Cette œuvre récente encore témoigne déjà de cet état d'esprit qu'il nous faut promouvoir comme seul susceptible de réconcilier l'architecture avec le monde. Cette architecture dont Loos disait déjà, il y a plus d'un siècle, qu'elle était comme un cri désagréable au sein de la nature calme et sereine.

Car il ne s'agit plus seulement d'être capable aujourd'hui de cette abstraction qui affranchit notre pensée des résistances du réel et lui permet toujours plus de liberté à mesure qu'elle s'éloigne du monde - comme cet oiseau dont parle Kant qui croit qu'il sera plus libre lorsqu'il volera dans le vide -. Il s'agit au contraire de cette vocation qui consiste à travailler dans le monde, avec son irréductible altérité, avec sa matérialité, avec sa temporalité, sources de son sens et de sa poésie. Il s'agit de se mettre à l'écoute de ce que les choses sont, et travaillant avec elles, avec ces êtres et ces choses qui opposent une résistance à nos desseins, de les amener progressivement à la disposition voulue, de parvenir à faire uvre non pas sans elles mais avec elles, dans une participation générale qui scelle l'unité profonde d'une uvre et d'un site, d'une uvre et du monde, un monde pour lequel une architecture digne de ce nom est conçue et par lequel elle se réalise.

Stéphane Gruet, le 11 mai 2004

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23 mars 2004
Xavier Leibar

Libre parcours

Des actes simples, nets et précis, prennent sens dans un paysage, nouveaux signes inscrits dans les "textes" croisés des villes et des campagnes. L'architecture de Xavier Leibar ne cherche pas l'effet, ses moyens sont simples, elle ne s'impose pas à nous, ne cherche pas à exister pour elle-même, par elle-même : elle n'existe que pour et par "l'autre", les autres, tout ce qui n'est pas elle et qu'elle accueille, par ce qui la motive et détermine ses lignes ouvertes toujours et tendues vers les horizons. Car c'est lorsqu'une ligne s'interrompt que naît le sentiment de l'espace, et c'est lorsque deux murs divergents que s'ouvre quelque chose qui est la vie et qui n'est pas écrit.

Et si le dialogue s'installe naturellement entre ces actes simples et clairs, posés sur le sol, tendus sous le vaste ciel d'Aquitaine, et les horizons, proches ou lointains, il se continue au sein même de l'uvre où les éléments, murs, toits, percements, obéissant à un rythme d'ensemble, restent libres cependant et comme indépendants, introduisant ces mouvements inattendus, ces décalages, ces surprenantes incisions, là où un ordre trop rigoureux aurait exclu la vie.

Tout se passe comme si la composition une fois définie dans ses grands traits, ses éléments restaient libres de jouer les uns par rapport aux autres, comme une musique dont les accords sont écrits, sur la base desquels les musiciens peuvent improviser, précipitant l'uvre dans le présent d'une imprévisible histoire.

Nous sommes loin ici des mausolées importés, néo-modernes, high-tech ou néo-plasticiens, que l'on célèbre encore par cars entiers, non loin de là, à San-Sébastien ou Bilbao. Nous sommes loin également de ces modernes palais des congrès, des sports, des arts, de la justice ou du gouvernement qui se multiplient sur notre terre républicaine, de ces formes closes sur elles-mêmes qui recèlent leur sens en elles, comme en un tabernacle, emplies de significations définitives et pour ainsi dire transcendantales.

Ces œuvres au contraire sont comme inachevées toujours, ouvertes au devenir d'un paysage, lui-même ouvert et à jamais inachevé. C'est là sans doute la force de cette architecture qui ne se répète jamais, et qui semble chaque fois commencer une nouvelle histoire, faite d'imprévus, de rencontres, de tensions et d'accords qui jamais ne paraissent se résoudre dans cet instant définitif où tout aurait été dit. Puissance et liberté, écoute et attention au monde, accords et dissonances. Chaque terre a sa musique improvisée, son jazz à elle, le pays basque a la sienne, sensible dans cette architecture vigoureuse, proche des piémonts pyrénéens, ouverte aux horizons marins.

Il n'y a pas chaque fois une uvre nouvelle et singulière, suffisante, achevée, mais les traces çà et là d'une démarche, le sens d'un parcours, d'un cheminement qui marque de son "ordre", de son déterminisme vital, les paysages traversés. C'est pourquoi cette uvre singulière s'inscrit dans le présent d'un monde, et devient avec lui. Respectueux du passé, regardant vers l'avenir. Chacun de ces actes fut fait au présent, il restera donc présent à travers le temps.

Stéphane Gruet, le 23 mars 2004

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20 janvier 2004
Tewfik Guerroudj, architecte urbaniste
Promenade architecturale et urbaine en Algérie

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