CATHERINE SAYEN, BERNARD MARREY

" Fernand POUILLON, Regards croisés "

 

26 octobre 2010 à 19H00, Salle du Sénéchal

 

Catherine SAYEN

Présidente des “Pierres Sauvages de Belcastel”

 

Bernard MARREY

Historien, auteur de “l’homme à abattre”

 

Soirée animé par Stéphane GRUET

Commissaire de l’exposition “Fernand Pouillon et la bataille du logement”

 

 

LA LIGNE DROITE …

 

L’éclipse de Fernand Pouillon s’achève… publications, expositions rendent sa place à l’architecte, celle d’une figure singulière et incontournable dans le panorama de l’architecture française du XXe siècle. Si la manipulation d’une opinion versatile fut l’instrument de sa mise à l’ombre, ce n’est pas dans le jeu cruel de contingences politiques et de vicissitudes personnelles qu’il faut chercher les raisons du long bannissement de Fernand Pouillon hors du récit de l’architecture moderne. Durant une trentaine d’années son effacement, celui des leçons de son œuvre, a privé les jeunes architectes en formation d’un contrepoint essentiel à la compréhension des jeux d’équilibre et de tensions qui marquent les débats théoriques et les expérimentations dans le domaine majeur de l’architecture moderne en France dans les années cinquante et soixante, celui du logement social.

Un écart sépare Fernand Pouillon du milieu professionnel des années cinquante, celui du refus des féodalités théoriques ou des fiefs territoriaux découpés par le ministère. De l’écart à la mise à l’écart, la nuance est vite comblée, elle éclaire tout autant sa marginalisation dans le mouvement de l’architecture moderne, ses oppositions avec André Bloch et la revue Architecture d’Aujourd’hui, que la rupture de son association avec René Egger, ou sa longue brouille avec Bernard Zehrfuss. Les convictions de Fernand Pouillon, ses intuitions attisent son impatience. Ni le cercle d’un ordre, ni la spirale pétrifiée de l’ascension pyramidale vers la notoriété ne brident ses mouvements. Il échappe à la ligne courbe, celle qui plie l’échine aux préséances. Un franc-tireur dont le parcours zigzaguant et brisé laisse la trace de rigoureuses lignes droites, la mire sur des objectifs… toujours atteints avec une force exemplaire.

L’architecte fait corps avec son architecture, cette assertion à l’emporte-pièce me semble la meilleure prise de contact avec Fernand Pouillon. Sa vitesse et sa mobilité à l’image de l’homme pressé de Paul Morand, sa facilité à larguer les amarres, un nomadisme qui le rapproche de la solitude d’un Walter Benjamin le lient étroitement à son œuvre en mettant le monde à distance. Appelé à Alger, il esquisse le projet de la cité de Diar-es-Saada en 7 jours, élabore les plans et le marché en moins de deux mois, réalise la cité en un an. De 1953 à 1958, sa vie se partage en trajets hebdomadaires en avion, lundi et mardi à Alger, Mercredi et Jeudi à Paris, fin de semaine à Marseille et Aix.

Haute intensité de l’action et implication sans limites de l’homme impriment à l’œuvre une vitalité inextinguible. Son engagement est celui d’un bâtisseur récusant les hiatus entre la conception, la construction, l’installation des habitants avec la volonté d’assumer pleinement la responsabilité morale de l’acte de bâtir, bien au-delà du contrat social de l’architecte. Cette exigence ne fonde pas seulement l’économie de ses réalisations, facteur essentiel de sa notoriété auprès des maîtres d’ouvrage, mais aussi sa proximité, sa vision sensible de la vie intime et collective de ses cités, « Je pense à celui qui regarde par la baie de sa chambre ou de son salon. Je me promène dans ces espaces imaginaires et je les modifie lorsque je n’atteins pas la sensation que je souhaite »… Cette conception intuitive, phénoménologique de l’être et habiter est à la source de l’urbanité de ses cités. Loin des dogmes, le syncrétisme des formes urbaines et architecturales de Fernand Pouillon, qui refuse les ruptures arbitraires avec le passé, projette son œuvre dans l’actualité d’une question permanente, comment faire la ville ? Sans doute en tentant comme lui de répondre à l’exhorte d’Auguste Perret : « Celui qui sans trahir les matériaux ni les programmes modernes aurait produit une œuvre qui semblerait avoir toujours existé, qui en un mot serait banale, je dis que celui-là pourrait se tenir pour satisfait »…

 

Jean-Loup Marfaing, CAUE31

 

 

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