CHRISTOPHE HUTIN, Architecte

" La vie, mode d'emploi "

 

Mardi 15 novembre 2011 à 19h00, Salle du Sénéchal

 

" Ce que raconte Christophe montre clairement que c’est chez nous que l’architecture a aujourd’hui vraiment un problème, un problème de fondation, un problème qui concerne ses objectifs autant que sa production "

Patrice Goulet

 

Le cycle de conférence mené par l'AERA en partenariat avec le CAUE 31, a présenté, depuis sa création en 1991, 86 conférences d'architectes, urbanistes ou paysagistes de renom.

Le cycle annuel est composé de cinq invités sont issus de la France, du reste de l'Europe et du monde. Une conférence plus théorique, historique ou critique, vient clore chaque année le cycle.

Chaque conférence en image est suivie d'un débat nourri avec le public. Tout en présentant une oeuvre chaque conférence est l'occasion d'exposer une démarche, une conception de l'art et du métier, une pensée à l'oeuvre.

 

 

L'ARCHITECTURE DE LA NÉCESSITÉ

 

Au commencement, un questionnement radical et un séjour dans les townships d’Afrique du sud ont mis Christophe Hutin dans des dispositions qui devraient être celles de tout constructeur face au problème de l’habitat des hommes. La leçon de Soweto fut la première leçon du futur architecte et finalement la seule qui vaille.

Comment construire, avec peu de moyens, un habitat qui soit digne de l’homme ?

En 1952, Roland Simounet disait déjà du bidonville de Mahieddine à Alger que tous les principes d’un habitat moderne étaient là, et qu’il ne leur manquait que des moyens techniques. Comment faire en sorte que la construction soit réellement adaptée à ses habitants, que celle-ci soit leur prolongement véritable, leur expression, l’heureuse affirmation de leur existence. Comment sinon en les laissant faire par eux-mêmes ?

Comment rendre aux gens l’autorité sur leur propre domaine sinon en ne les dessaisissant pas de cet acte fondateur qu’est la construction de leur propre habitat ? Le verbe anglais « Housing » veut dire à la fois habiter et s’établir, construire et habiter en un même mot ; tandis que trop souvent notre verbe “habiter” est réduit à “se loger”.

Qu’est-ce alors que l’architecture de l’habitat ? Est-ce vraiment la construction de logements auxquels on ajoute quelques agréments ? Où se trouve la beauté de cette architecture ? N’est-elle pas finalement dans l’esprit et dans les actes dont elle témoigne, et pour l’habitat n’est-elle pas dans l’expression même de l’homme qui l’habite ? À quel moment sentons-nous cette magnifique justesse qui n’appartient qu’aux œuvres de la nature et des hommes, qui sont les plus nécessaires, et les plus élémentaires.

Ce que Christophe Hutin découvre en accompagnant les habitants de Soweto, en les voyant démonter et remonter leurs baraques, sans calcul, sans préméditer aucune apparence finale —ignorant ce qui fonde la maîtrise de l’architecte—, chaque geste retrouvant cette simplicité que nous avons perdue et dans laquelle réside tant d’humanité, tout cela détermine la qualité des architectures vernaculaires, ces architectures sans architecte que l’on admire pour leurs formes en oubliant l’acte même, les conditions dans lesquelles elles ont été produites, la nécessité d’un temps et d’une économie de moyen qui en détermine la genèse particulière, la construction, l’art, c’est-à-dire le faire (poïen). Car c’est alors que la poésie qui émane des actions humaines, dont l’œuvre garde la trace dans le temps, s’impose au-delà de toute forme et de toute idée, pour nous parler des hommes et du monde. Peu importe alors la rigueur des mesures, peu importe l’habileté de l’homme, peu importe la pauvreté des matériaux, la poésie s’impose par la vérité même avec laquelle l’art répond à l’immédiate nécessité. Et tout le reste est vanité.

Comment tout cela peut-il nourrir les modes de conception et de production d’un architecte de retour en France dans un pays où l’architecture est un signe extérieur de richesse, où les stars de l’architecture et leur architecture même semblent appartenir au monde de la haute couture ? Qu’est devenue cette leçon de Soweto, qui tient pour l’essentiel en ce que la nécessité commande et engendre une beauté qui n’a pas été voulue et que nul ne sait reproduire ?

Qu’est-ce que l’Architecture aujourd’hui ? Quel doit être le rôle de l’architecte dans la société d’aujourd’hui ? Est-ce un art au service du beau ? Car il devient clair que toute beauté, toute poésie, échappent à sa maîtrise, puisqu’elles viennent d’ailleurs. Elles viennent de ces infinis du monde et des hommes en lesquels s’enracine l’œuvre finie. Comment entreraient-elles dans les limites et les mesures préméditées que l’architecte donne à son œuvre ?

Et s’il ne s’agissait plus de cela mais seulement d’apporter plus modes-tement aux hommes ces quelques moyens techniques au service de leurs usages et de leur bien-être, de concentrer tout savoir-faire sur la réponse la plus juste au programme d’une habitation humaine ?

Mais comment l’architecte peut-il ainsi construire pour les gens sans leur imposer son ordre, sans les enfermer dans ses vues, sans leur ôter du même coup cette liberté essentielle de tout être vivant qui est celle de déterminer son espace propre ?

On le voit, c’est à un questionnement radical du métier d’architecte que cet engagement nous mène. Un engagement qui doit nous porter à renouveler totalement notre pratique. Et c’est ce dont on est en droit d’attendre un renouvellement profond. Une architecture qui redeviendrait l’expression de la vie humaine et du monde dont elle témoigne, de sorte que chaque construction soit un événement nouveau.

 

Stéphane Gruet, le 15 novembre 2011

 

Christophe Hutin

 

Christophe Hutin a étudié à l’école d’architecture de Bordeaux (Diplôme « Simulateur de vol spatial de longue durée » 2003)

Il est également titulaire d’un DEA de l’Université Claude Bernard de Lyon : « Physiologie intégrée en conditions extrêmes » (2003) et d’un DU de l’Université de Bordeaux 2, laboratoire de physiologie : « Biologie aérospatiale » (2002)

 

Il a été lauréat du programme de l’AFAA « L’envers des villes » pour une “Étude des townships en Afrique du Sud” en 2005, travail qui a donné naissance à l’ouvrage “L’enseignement de Soweto” écrit avec Patrice Goulet, édité chez Actes sud (2009).

Depuis 2008, Christophe Hutin anime des workshops et rencontres entre professionnels, étudiants sud africains et européens en Afrique Sud, sur la question du logement.

 

Christophe Hutin est Professeur titulaire de l’école nationale supérieure d’architecture de Toulouse.

 

 

Retour à cycle de conférences AERA/CAUE 

 


Le CMAV

Outil mutualisé de diffusion, de rencontre et d'échanges sur les questions de l'architecture, de la ville et du territoire.

 

Ce lieu d'intérêt public est administré par l'AERA, le CAUE 31, l'ENSA Toulouse et la Maison de l'Architecture Midi-Pyrénées.

(+ d'infos)

Mécène du CMAV, pourquoi pas vous ?

Être mécène du Centre Méridional de l'Architecture et de la Ville c'est soutenir un projet culturel ambitieux, un projet original porté par quatre institutions soucieuses de rapprocher la culture architecturale du grand public (+ d'infos)

Les membres administrateurs

Actions, études et recherches autour de l'architecture
Actions, études et recherches autour de l'architecture
Conseil Architecture Urbanisme Environnement de la Haute-Garonne
Conseil Architecture Urbanisme Environnement de la Haute-Garonne
Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Toulouse
Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Toulouse
Maison de l'Architecture Midi-Pyrénées
Maison de l'Architecture Midi-Pyrénées

Le CMAV reçoit le soutien de :