JORDI BADIA, architecte à Barcelone

 

Mardi 14 décembre 2010 à 19h00, Salle du Sénéchal

 

Jordi Badia, architecte, né en 1961, vit et travaille à Barcelone où il a créé l’agence d’architecture BAAS en 1994.

Il a réalisé de nombreux projets en Catalogne, des logements, des équipements publics, et notamment, dernièrement, les Centre de Santé de Badalona et Girona et le musée Can Fremis à Barcelone.

Jordi Badia est également enseignant à la Escuela Técnica Superior de Arquitectura de Barcelona (ETSAB) et à la Escuela Técnica superior de arquitectura (ESARQ)

 

http://www.jordibadia.com

 

 

ENTRE DISPARITION ET REFLUX

 

La formation de Jordi Badia à l’ETSAB coïncide avec le plein essor de l’architecture catalane de l’après franquisme. L’esprit de cette école reste très présent dans ses réalisations, autant dans l’attention apportée aux compositions de façades, que dans la récurrence de gestes canoniques, tels que le traitement des escaliers, prédilection pour les volées droites désaxées, détachées des parois verticales, platines de pieds de volées décollées du sol, volées sans limon à profil d’emmarchement en dents de scies… autant de motifs sans doute très largement répandus mais singulièrement maîtrisés en Catalogne.

Entre tous les architectes d’aujourd’hui dont les réalisations ne cessent de renouveler le courant vivant de l’école catalane, Jordi Badia me semble prendre une position originale, en contrepoint avec tous les traits fondamentaux de cette école. En contrepoint, j’insiste, et non en opposition. La réalisation du musée de Can Framis à Poble Nou, à deux pas de la plaça de les Glories catalanes, apporte le témoignage très récent de la virtuosité de Jordi Badia dans l’exercice de composition de façade, ses arythmies, ses volumes en extrusions, ses porte-à-faux suggestifs, ses jeux de texture, un raffinement de détails allié à une extrême rigueur conceptuelle, à l’évidence nous voici devant un nouvel objet manifeste, radicalement enraciné dans le territoire et l’esprit catalans. Mais, indépendamment de ses gestes renouvelés d’adhésion à son identité culturelle, Jordi Badia, me semble-t-il, a engagé très tôt une réflexion sur la « dé-composition », problématique très différente du plasticisme de l’architecture catalane contemporaine. Plus mesurée, plus complexe, plus fine que les objets spectaculaires des stars du déconstructivisme, Eisenman, Libeskind, Hadid… l’architecture de Jordi Badia, à l’occasion de quelques jalons successifs, nous renvoie à une question fondamentale. L’architecture procède-t-elle du vide crée par extraction dans le plein ou est-elle l’inscription matérielle d’une idée dans le vide ?

Ses réponses ignorent les complaisances plastiques du déconstructivisme pour s’attacher à l’enjeu du contact entre le bâtiment et son vide ambiant. C’est évidemment dans la recherche d’une extraversion de l’enveloppe de l’objet architectural que porte la réflexion de Jordi Badia. Le nu d’une façade composée, quelles que soient les règles de sa composition, rythmique, sérielle, ou arythmique, caparaçonne l’architecture.

Entre disparition et reflux de la façade, depuis plus de dix ans, Jordi Badia a exploré plusieurs solutions formelles. Celle du cadre saillant d’arêtes de façade, souvent posé sur socle, associé à un fort retrait du plan de façade se retrouve dans des programmes très divers, petits équipements publics, logements, villa de haut standing (Casa La Garriga, à Barcelone. Casa BW à Marbella). La longue façade à double peau et claustra à petit module, posée sur un socle expressif avec son poteau sculptural, du centre de santé de Cap Progres Raval à Badalona instaure un jeu d’effacement, d’atonalité, dans une perspective d’a-composition plutôt que de dé-composition. La solution de façade à double peau du Palais de Justice de Sant Boi de Llobregat constitue une proposition bien plus radicale de dé-composition. Ses nez de planchers apparents, les retraits variables du clôt vitré, les espacements et les orientations aléatoires des lames verticales de la double peau suggèrent une absence de façade. Étrange confrontation avec un écorché anatomique dont la présence à vif dialogue avec un paysage banal.

Parmi toutes ses œuvres, c’est sur un programme très contraint de logements sociaux, que s’opère, je crois, la synthèse la plus significative de la vigueur conceptuelle de Jordi Badia. La commande des 18 logements sociaux de Sant Vicenç de Torello ne pouvait se matérialiser que dans la réalisation formelle d’une petite barre de logements. L’immeuble, trois niveaux d’étage d’habitation posé sur un socle rattrapant le talutage d’un dénivelé de terrain, adopte un plan de distribution d’étage courant banal, La desserte verticale organisée en trois cages d’escaliers desservant chacune deux appartements par niveau est tout aussi banale. La seule marge de manœuvre conceptuelle à disposition de l’architecte est dans l’enveloppe du bâtiment. Et précisément avec une économie de gestes remarquable, Jordi Badia détourne l’objet statique de la barre. Solution du cadre sur socle pour la façade en reflux des espaces de jour, développement en six pans à faible angulation pour la façade opposée instaurant la vibration d’un effet ondulatoire souligné par le débord de toiture. Une rupture du plan de façade, apportant un étroit jour vertical dans le séjour, rompt la planéité des pignons. Rien de plus simple, mais beaucoup d’intelligence architecturale… mettant en résonance l’immeuble dans le vide de son site.

Le silence du vide est nécessaire à la musique de l’architecture. Cette conviction, persistante, est sans aucun doute la ligne de force du projet de centre civique de la plaça de la Arbreda à Palamos où Jordi Badia inaugure une étonnante expérience de conjugaison d’ordonnancement urbain et d’atonalité architecturale.

 

Jean-loup Marfaing, CAUE31

 

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